Enchères 2026 : cinq lots vintage sous-cotés qui méritent votre attention
Je fréquente les salles de vente depuis 1993. J’ai vu des fortunes se faire et se défaire sur l’estimation d’un cadran. J’ai vu des ignorants emporter des trésors à vil prix, et des spéculateurs surpayer des pièces ordinaires. Après trente ans, j’ai développé quelque chose qui ressemble à un instinct — mais qui est surtout le produit de milliers d’heures de travail.
2026 est une année intéressante pour les enchères. Le marché s’est assagi après la folie de 2020-2022. Les spéculateurs ont disparu. Les vrais collectionneurs sont revenus. Et dans cet environnement plus calme, des opportunités existent.
Voici cinq catégories de lots que je surveille personnellement pour les ventes de cette année.
Comment lire une salle de vente : les erreurs du débutant
Avant de parler des pépites, quelques mots sur les pièges — parce que les enchères horlogères sont un terrain où l’ignorance coûte cher.
Erreur 1 : Se fier uniquement à l’estimation.
Les estimations des maisons de vente sont des bases de départ, pas des verdicts. Une Omega Speedmaster mal décrite peut partir à 3x son estimation si deux collectionneurs se la disputent. Inversement, une pièce surestimée peut passer inaperçue.
Erreur 2 : Oublier les frais.
Les frais acheteur (buyer’s premium) s’élèvent en général entre 20% et 25% du prix d’adjudication chez les grandes maisons. Sur un lot adjugé à 5 000 €, tu paies en réalité 6 000 à 6 250 €. Ne jamais l’oublier quand on fixe son prix limite.
Erreur 3 : Négliger le condition report.
Les grandes maisons comme Phillips, Christie’s, Sotheby’s ou Drouot fournissent des condition reports détaillés sur demande. Lis-les jusqu’à la dernière ligne. “Traces d’usure normales” est très différent de “boîtier poli”.
Erreur 4 : Enchérir sous l’adrénaline.
Fixer son prix maximum AVANT d’entrer en salle. L’atmosphère des enchères est conçue pour stimuler la compétition. Ton cerveau rationnel part au vestiaire quand le marteau commence à tomber.
Cinq lots à surveiller en 2026
Lot 1 : Les chronographes Zenith El Primero des années 1970
Le El Primero de 1969 est le premier mouvement chronographe automatique à haute fréquence (36 000 alt/h) de l’histoire. Cette performance technique est reconnue, mais certaines références des années 1970 — notamment la réf. A384 avec son cadran tricolore — restent sous-cotées par rapport à leur importance historique.
En 2025, j’ai vu plusieurs A384 en bon état passer entre 3 000 et 6 000 € chez des spécialistes. Pour un mouvement qui a littéralement sauvé l’industrie mécanique suisse pendant la crise du quartz, c’est encore raisonnable. Les prochaines ventes Phillips à Genève (mai 2026) et Hong Kong (mai 2026) incluront probablement quelques exemplaires.

Lot 2 : Les Breitling Navitimer des années 1960-1970 en acier
La Navitimer est une icône — mais toutes les références ne se valent pas aux yeux du marché. Les versions acier des années 1960-1970, notamment les réf. 806 et 815 avec règle à calcul AOPA, restent accessibles par rapport aux versions or ou aux modèles anciens.
Avec un marché qui se rationalise, ces pièces fonctionnelles et historiques (les pilotes les utilisaient vraiment pour calculer carburant et distance) représentent à mes yeux une valeur sûre. Cherche les exemplaires avec cadran original non retouché — c’est le critère déterminant.
Lot 3 : Les Universal Genève Compax et Tri-Compax
Universal Genève est ma maison secrète depuis vingt ans. Cette manufacture genevoise, aujourd’hui disparue dans sa forme originale, a produit certains des chronographes les plus sophistiqués du XXe siècle — et reste sous-valorisée par rapport à ses mérites.
Les Compax équipés du mouvement Valjoux 72 se trouvent encore entre 2 000 et 8 000 € selon l’état. Les Tri-Compax (triple calendrier) montent jusqu’à 15 000 € pour les exemplaires parfaits. Comparé à ce que commandent des Heuer ou Breitling équivalents — souvent bien plus chers —, c’est une anomalie que le marché finira par corriger.
Comme je l’évoquais dans notre article sur les coulisses des enchères horlogères, les pièces sous-documentées sont souvent les meilleures opportunités.
Lot 4 : Les Longines Heritage des années 1940-1950
Longines a produit dans les années 1940 et 1950 des chronographes d’une élégance sobre et d’une précision remarquable. La réputation de la marque s’est érodée depuis son passage dans le groupe Swatch, mais les pièces vintage racontent une autre histoire.
Les réf. 13ZN et les modèles à fond émaillé sont à surveiller. Certains passent encore en dessous des 5 000 € — c’est le budget d’entrée pour une pièce d’horlogerie suisse sérieuse des années 1940.
Lot 5 : Les Enicar équipées du Valjoux 72
Enicar. Le nom ne dit peut-être rien. C’est précisément pour ça que ces montres sont intéressantes. Cette marque schaffhousoise a produit des chronographes de qualité dans les années 1960, équipés du Valjoux 72 — le même mouvement que la Rolex Daytona 6239. Mais sans le logo Rolex, le prix est cinq à dix fois inférieur.
Pour un collectionneur qui veut vivre l’expérience du Valjoux 72 sans hypothéquer sa maison, c’est la voie royale. Cherche les modèles avec cadran original, pas trop modifiés.

2026 : le calendrier des ventes
Les ventes à surveiller cette année : - Phillips Genève : The Geneva Watch Auction XXIII, 9-10 mai 2026 - Phillips Hong Kong : The Hong Kong Watch Auction XXII, 30-31 mai 2026 - Phillips New York : The New York Watch Auction XIV, 13-14 juin 2026 - Drouot Paris : ventes régulières, mais surveiller particulièrement les collections dispersées de collectionneurs français - Sotheby’s : une collection de Cartier vintage exceptionnelle mise en vente à Hong Kong en avril 2026
Conclusion : enchérir avec la tête, pas les émotions
Les enchères de montres peuvent être l’une des expériences les plus intenses du monde de la collection. Elles peuvent aussi être l’une des plus coûteuses si on y entre mal préparé.
Mon conseil, après trente ans : documente-toi abondamment avant de mettre un pied dans une salle. Fixe ton budget maximum. Et rappelle-toi que la meilleure montre vintage est toujours celle que tu n’as pas surpayée.
Bonne chasse.
— Pierre V.