Le Bauhaus a fermé ses portes en 1933. Novante ans plus tard, ses principes dictent encore le design de certaines des montres les plus désirées du monde. Pas mal pour une école d’arts appliqués de Dessau, en Thuringe, qui n’a existé que quatorze ans.

Mais avant d’aller plus loin : le Bauhaus, c’est quoi exactement, et pourquoi on en parle encore en horlogerie en 2025 ?

Junghans Max Bill — l'héritage Bauhaus sur un cadran minimaliste

Le Bauhaus en 30 secondes

Walter Gropius fonde le Bauhaus à Weimar en 1919 avec une idée simple mais radicale : réunir les beaux-arts et l’artisanat dans une même école, au service de la production industrielle. « La forme suit la fonction » — la phrase est de Louis Sullivan, architecte américain, mais c’est le Bauhaus qui l’a transformée en manifeste.

Concrètement : pas d’ornements inutiles. Pas de décoration pour la décoration. Chaque élément du design doit servir un but précis. Si une ligne ne sert à rien, elle n’existe pas. Si une couleur ne communique rien, on s’en passe.

Ces principes s’appliquent naturellement à la montre, un objet dont la fonction première est de lire l’heure. Tout ce qui rend la lecture de l’heure plus difficile est, par définition, une erreur de design.

Max Bill et Junghans : l’association parfaite

Max Bill n’est pas horloger de formation. Il est peintre, sculpteur, architecte, typographe — et ancien élève du Bauhaus, où il a étudié de 1927 à 1929. En 1961, il collabore avec la manufacture allemande Junghans pour créer une ligne de montres qui incarnent les principes de son école de formation.

La Junghans Max Bill est aujourd’hui un classique absolu du design horloger. Le cadran est d’une pureté troublante : chiffres arabes fins, aiguilles bâton, index sans relief, fond blanc légèrement crémeux. La lunette est ronde, le verre bombé, le boîtier d’un minimalisme presque austère.

Ce qui est fascinant, c’est que ce design n’a pas pris une ride. La collection Junghans Max Bill Automatic Bauhaus relancée en 2022 est strictement fidèle à l’original de 1961. Junghans ne l’a pas modernisée — elle n’avait pas besoin d’être modernisée. Disponible autour de 800-1 000 € selon la version, c’est l’une des meilleures introductions au design Bauhaus en horlogerie.

Nomos Glashütte : le Bauhaus contemporain

Fondée en 1990 à Glashütte, en Saxe — la même ville qui abrite A. Lange & Söhne — Nomos est l’héritière directe de l’esthétique Bauhaus pour le XXIe siècle.

La Nomos Tangente est la montre fondatrice. Lancée en 1992, elle reprend le vocabulaire formel du Bauhaus — cadran blanc, index fins, aiguilles feuille, chiffres romains ou arabes sans empattement — et y ajoute une sophistication technique : les mouvements Nomos sont développés et fabriqués en maison, à Glashütte.

Nomos Glashütte Tangente neomatik — Bauhaus fonctionnel avec mouvement in-house

La Tangente Neomatik 41 — environ 2 800 € — intègre un spiral en Neomatik (alliage antimagnetique développé par Nomos) dans un boîtier de 41 mm. C’est du Bauhaus avec de la haute horlogerie dedans. Difficile de résister.

Ce qui distingue Nomos de ses imitateurs : l’attention portée aux proportions. La Tangente 35 et la Tangente 38 ne sont pas de simples réductions de la 41. Chaque format a été repensé pour que les proportions entre cadran, index et aiguilles restent harmonieuses. C’est là qu’on reconnaît un vrai designer.

Le Bauhaus dans la grande horlogerie

Les principes Bauhaus ont infiltré bien au-delà des marques qui s’en réclament explicitement.

La Patek Philippe Calatrava ref. 96 (1932) est un exemple Bauhaus avant que le terme soit à la mode : cadran argenté, index fins, pas un élément de trop. La IWC Portofino des années 1980, la Jaeger-LeCoultre Master Ultra Thin — toutes ces montres parlent Bauhaus sans le savoir.

Même l’intérieur compte. Les platines de certains mouvements suisses — avec leurs anglages, leurs finitions, leurs composants disposés avec une logique presque mathématique — sont des objets Bauhaus au sens profond du terme. Le mouvement Nomos DUW 3001 est ainsi aussi beau en transparence qu’à travers le cadran.

Pourquoi le Bauhaus résiste au temps

D’autres styles de design datent. L’Art déco des années 1930 est beau mais localisé dans son époque. Le design des années 1970 — avec ses cadrans tonneau et ses couleurs chaudes — a un parfum de nostalgie. Le design Bauhaus, lui, n’a pas d’époque.

La raison est simple : il ne cherche pas à être élégant. Il cherche à être efficace. Et l’efficacité ne vieillit pas.

Quand tu portes une Junghans Max Bill en 2025, tu portes une montre qui aurait eu exactement la même allure en 1965, en 1985, ou en 2045. C’est ce que signifie design intemporel : ne pas chercher à être dans l’air du temps.

Pour ceux qui démarrent dans la collection, le Bauhaus est un excellent point d’entrée. Ces montres se portent avec tout, se distinguent sans crier, et racontent une histoire qui dépasse largement l’horlogerie. C’est l’histoire d’une école qui a changé la façon dont les humains conçoivent les objets.

Pas mal pour 1 000 €.

Sources : WIS Straps — Bauhaus Comparison, aBlogtoWatch, Watch Standard.

— Yasmine K.